Repère SalariéLe guide des droits du salarié

Devenir entrepreneur en 2026 : passer du salariat à la création d'entreprise

Mis à jour le 25 octobre 2026Lecture : 8 min

Quitter son emploi pour créer son entreprise se prépare : la façon de partir détermine vos droits au chômage, qui peuvent financer le démarrage. Après une rupture conventionnelle, vous pouvez garder une partie de l'ARE pendant le lancement ou en recevoir 60 % en capital avec l'ARCE. Il reste à choisir un statut adapté, à demander les aides dans les délais et à déclarer l'activité sur le guichet unique.

L'essentiel

  • Le mode de départ compte : la rupture conventionnelle ouvre droit au chômage (15 mois au plus avant 55 ans pour un contrat terminé depuis le 1er septembre 2026), la démission en principe non, sauf reconversion validée avant le départ.
  • ARE ou ARCE : maintien partiel de l'allocation, dans la limite de 60 % des droits restants, ou capital égal à 60 % de ces droits, versé en deux fois.
  • ACRE : exonération de 25 % de certaines cotisations au démarrage, à demander à l'Urssaf dans les 60 jours ; elle conditionne l'ARCE.
  • Statut : micro-entreprise, entreprise individuelle ou société (EURL, SASU…) ; le choix change vos cotisations, votre protection sociale et vos obligations.
  • Démarches : toutes les formalités passent par le guichet unique en ligne, obligatoire depuis le 1er janvier 2023.

Devenir entrepreneur : préparer le passage du salariat à la création

Créer son entreprise quand on est salarié ne commence pas forcément par une démission. Trois voies existent, et elles ne s'excluent pas : lancer l'activité en parallèle de votre emploi, suspendre votre contrat le temps de démarrer, ou quitter l'entreprise en conservant des droits au chômage qui financeront les premiers mois.

Créer en restant salarié

Le cumul d'un emploi salarié et d'une activité indépendante, par exemple en micro-entreprise, est en principe possible. Trois conditions doivent être réunies : votre contrat ne comporte pas de clause d'exclusivité, l'activité ne concurrence pas votre employeur et elle s'exerce en dehors de votre temps de travail. Le Code du travail ajoute une protection : pendant un an, l'employeur ne peut pas opposer de clause d'exclusivité au salarié qui crée ou reprend une entreprise (article L1222-5), sauf pour les VRP. Votre obligation de loyauté envers l'employeur, elle, demeure pendant toute la durée du contrat.

Suspendre son contrat : le congé ou le temps partiel pour création d'entreprise

Avec au moins 24 mois d'ancienneté (sauf durée différente prévue par accord collectif), vous pouvez demander un congé pour création ou reprise d'entreprise, à temps plein ou sous forme de passage à temps partiel. Faute d'accord collectif, il dure au plus un an, renouvelable une fois. La demande se fait au moins 2 mois avant le départ et l'employeur qui ne répond pas sous 30 jours est réputé d'accord. Ce congé n'est pas rémunéré, mais il vous permet de revenir dans l'entreprise si le projet ne se concrétise pas.

Quitter son emploi : rupture conventionnelle, démission ou licenciement

Si vous décidez de partir, le mode de rupture conditionne vos droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), qui reste la principale ressource des créateurs pendant le lancement.

Mode de départIndemnitéDroit au chômage
Rupture conventionnelleAu moins l'indemnité légale de licenciementOui ; pour un contrat terminé depuis le 1er septembre 2026, 15 mois au plus avant 55 ans et 20,5 mois à partir de 55 ans
DémissionAucuneEn principe non, sauf démission légitime ou démission pour reconversion validée avant le départ
LicenciementIndemnité légale dès 8 mois d'ancienneté, sauf faute grave ou lourdeOui

La rupture conventionnelle suppose l'accord de votre employeur, qui n'est jamais obligé d'accepter. Présenter un projet précis et chiffré aide à le convaincre : voir notre guide pour présenter son projet à l'employeur. Si l'employeur refuse, la démission pour reconversion peut ouvrir droit au chômage : il faut un CDI de droit privé, 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois et un projet réel et sérieux validé par Transitions Pro avant de démissionner (voir la démission).

Financer le démarrage avec ses droits au chômage

Inscrit à France Travail avec des droits à l'ARE, vous pouvez créer ou reprendre une entreprise et choisir entre deux formules, qui ne se cumulent pas.

Le maintien partiel de l'ARE

Vous continuez à percevoir l'allocation chaque mois, diminuée de 70 % des revenus tirés de l'activité. Pour un micro-entrepreneur, le revenu retenu est le chiffre d'affaires après l'abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité). Le total de l'ARE et des revenus ne peut pas dépasser votre ancien salaire mensuel moyen brut. Depuis le 1er avril 2025, ce cumul s'arrête quand les versements atteignent 60 % des droits qui vous restaient à la date de création ; l'instance paritaire régionale peut exceptionnellement prolonger le versement si l'activité ne vous a encore rien rapporté.

L'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE)

L'ARCE transforme vos droits en capital : 60 % des droits restants, diminués d'une participation de 3 % au financement des retraites complémentaires, versés en deux fois. Le second versement intervient six mois après le premier si vous exercez toujours l'activité et n'êtes pas en CDI à temps plein. Il faut avoir obtenu l'ACRE. L'ARCE est soumise à la CSG et à la CRDS. Si l'activité s'arrête, vous pouvez demander le reliquat de vos droits, après un différé.

Prenons un créateur hypothétique dont l'ARE est de 45 € par jour et qui dispose encore de 400 jours de droits au démarrage. Son capital de droits est de 18 000 €. L'ARCE s'élève à 10 800 € (60 %), soit 10 476 € après la retenue de 3 %, versés en deux fois 5 238 €. S'il choisit plutôt le maintien de l'ARE, il pourra percevoir au plus 10 800 € d'allocations pendant son activité.

Si votre micro-entreprise existait déjà pendant votre emploi salarié et que vous perdez cet emploi de façon involontaire (licenciement, fin de CDD), service-public indique que l'ARE peut se cumuler intégralement avec les revenus de l'activité non salariée. Faites confirmer votre situation par France Travail avant de vous organiser.

Les différés liés à l'indemnité de rupture et aux congés payés repoussent le premier versement : voir gérer son indemnité de rupture et le droit au chômage.

Choisir sa forme juridique : les grandes options

Le statut détermine votre responsabilité, votre régime social, votre imposition et le volume de vos obligations comptables. Le tableau ci-dessous résume les options les plus courantes pour un créateur seul ; notre page créer sa société et choisir ses statuts détaille les sociétés à plusieurs associés.

FormeCe qu'il faut savoirRégime social du dirigeant
Micro-entrepriseEntreprise individuelle au régime simplifié : cotisations et, sur option, impôt calculés sur le chiffre d'affaires ; jusqu'à 203 100 € (vente) ou 83 600 € (services) par an de 2026 à 2028Travailleur indépendant
Entreprise individuelle au réelPas de société à créer ; depuis le 15 mai 2022, patrimoine professionnel et patrimoine personnel sont séparés automatiquement ; l'EIRL ne peut plus être crééeTravailleur indépendant
EURL ou SARLSociété distincte de vous, sans capital minimum légal ; responsabilité des associés limitée à leurs apports, sauf faute de gestion du gérantTravailleur non salarié pour l'associé d'EURL et le gérant majoritaire de SARL ; assimilé salarié pour le gérant minoritaire ou égalitaire
SASU ou SASSociété distincte de vous, sans capital minimum imposé ; responsabilité des associés limitée à leurs apportsAssimilé salarié (régime général), sans assurance chômage au titre du mandat

Une société soumise à l'impôt sur les sociétés paie 15 % sur la part de ses bénéfices jusqu'à 42 500 €, si son chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 millions d'euros et que son capital, entièrement libéré, est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, puis 25 % au-delà. Pour une activité de conseil ou de services seul, la question se pose souvent entre micro-entreprise, société unipersonnelle et portage salarial : notre page devenir freelance les compare.

Les aides à la création d'entreprise en 2026

  • ACRE : exonération de 25 % de certaines cotisations au début de l'activité, réservée depuis 2026 à des catégories de créateurs (demandeurs d'emploi indemnisés, bénéficiaires du RSA ou de l'ASS, jeunes de 18 à 25 ans…) et à demander à l'Urssaf dans les 60 jours.
  • ARCE ou maintien de l'ARE : vos droits au chômage, en capital ou en complément mensuel.
  • Prêts d'honneur : Initiative France et Réseau Entreprendre accordent des prêts d'honneur sans intérêt ni garantie, avec un accompagnement. Le prêt d'honneur Création-Reprise de Bpifrance, de 1 000 à 80 000 €, vient en complément. Ces prêts personnels peuvent servir d'apport face à une banque.
  • Garantie et microcrédit : France Active propose notamment une garantie sans caution personnelle ; l'Adie finance par microcrédit les personnes éloignées du système bancaire classique.
  • Accompagnement régional : chaque région propose un dispositif d'accompagnement à la création, qui a remplacé le Nacre depuis 2017.
  • Innovation : statut de jeune entreprise innovante, crédits d'impôt recherche et innovation pour les projets fondés sur la R&D.

Les premières démarches, étape par étape

  1. Tester le projet : étude de marché, premiers contacts clients et business plan chiffré.
  2. Relire votre contrat de travail : clause d'exclusivité, clause de non-concurrence, obligation de loyauté tant que le contrat court.
  3. Organiser votre départ et vous inscrire à France Travail si vous comptez sur l'ARE ou l'ARCE.
  4. Choisir la forme juridique et, pour une société, rédiger les statuts et déposer le capital.
  5. Vérifier et protéger votre nom : disponibilité de la marque et dépôt éventuel auprès de l'INPI.
  6. Déclarer l'entreprise sur le guichet unique des formalités d'entreprises, opéré par l'INPI, passage obligé depuis le 1er janvier 2023 pour les créations, modifications et cessations.
  7. Demander l'ACRE dans les 60 jours avec le justificatif de création téléchargé sur le guichet unique, puis choisir entre ARE et ARCE auprès de France Travail.

Protection sociale : ce qui change quand on quitte le salariat

En devenant indépendant, vous perdez une partie des garanties du salarié. Le dirigeant travailleur non salarié (associé unique d'EURL, gérant majoritaire de SARL) n'ouvre droit aux indemnités journalières maladie qu'après au moins un an de cotisations, et il ne cotise pas à l'assurance accidents du travail, sauf assurance volontaire individuelle auprès de la CPAM. Le président de SASU, assimilé salarié, bénéficie d'une protection proche de celle d'un salarié, accidents du travail compris. Mais aucun des deux ne cotise à l'assurance chômage au titre de son mandat, pas plus que le micro-entrepreneur au titre de son activité. Une complémentaire santé n'est pas fournie par un employeur : il faut en général en souscrire une.

En cas d'échec, l'allocation des travailleurs indépendants (ATI) n'est versée que dans des cas limités : liquidation ou redressement judiciaire, ou activité jugée non viable par un tiers de confiance. Il faut aussi avoir tiré au moins 10 000 € de revenus de l'activité sur l'une des deux années précédentes. Elle est forfaitaire (26,30 € par jour selon l'Unédic) et dure 6 mois. Les droits à l'ARE issus de votre ancien emploi salarié, s'il vous en reste, restent en revanche mobilisables.

Ce qui change en 2027 et 2028

  • Seuils de la micro-entreprise : 203 100 € et 83 600 € s'appliquent pour 2026, 2027 et 2028, en vertu de leur révision triennale.
  • Assurance chômage : la convention du 15 novembre 2024 s'applique jusqu'au 31 décembre 2028, avec le plafond propre aux ruptures conventionnelles en vigueur depuis le 1er septembre 2026. Les règles suivantes ne sont pas encore connues.
  • ACRE : les seuils de revenus de l'exonération sont exprimés en pourcentage du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Le PASS 2027 sera fixé par arrêté fin 2026 ; le Bulletin officiel de la Sécurité sociale a annoncé 48 900 €, montant qui doit encore être publié.
  • Jeunes entreprises innovantes : les exonérations d'impôts locaux sont prolongées pour les entreprises créées jusqu'au 31 décembre 2028.

Dans ce dossier

ACRE

Conditions, taux de 25 %, durée et demande dans les 60 jours : l'aide aux créateurs telle qu'elle s'applique depuis 2026.

Auto-entrepreneur

Seuils 2026-2028, taux de cotisations, impôt, TVA et cumul avec un emploi ou le chômage : le régime de la micro-entreprise.

Business plan

Contenu, prévisions financières, seuil de rentabilité et accompagnement : construire un business plan crédible.

Le coworking

Formules, coût réel, préavis, domiciliation et fiscalité : ce qu'il faut vérifier avant de s'installer dans un espace partagé.

Crédit d'impôt innovation (CII)

Le CII rembourse 20 % des dépenses de prototypes des PME, dans la limite de 400 000 € par an, jusqu'à fin 2027.

Crédit d'impôt recherche (CIR)

Le CIR rembourse 30 % des dépenses de R&D ; depuis février 2025, forfait réduit à 40 % et brevets exclus.

Choisir son statut

EI, micro, EURL, SARL, SASU ou SAS : responsabilité, protection sociale, fiscalité et formalités comparées.

Le crowdfunding

Don, prêt ou capital : comment fonctionne le financement participatif, quelles plateformes sont autorisées et comment il est taxé.

Devenir freelance

Micro-entreprise, société ou portage salarial : comparer les statuts, la protection sociale et le risque de requalification.

INPI

Marque, brevet, dessins et modèles : démarches, délais et tarifs 2026 de l'INPI, et rôle du guichet unique des entreprises.

Jeune entreprise innovante

Conditions, exonérations de cotisations et d'impôts locaux, nouveaux statuts JEC, JEIR et JEII : le régime des JEI en 2026.

Questions fréquentes

Peut-on créer son entreprise tout en restant salarié ?

Oui, en principe. Votre contrat ne doit pas contenir de clause d'exclusivité, l'activité ne doit pas concurrencer votre employeur et elle doit s'exercer en dehors de vos heures de travail. Pendant un an après la création, l'employeur ne peut pas vous opposer une clause d'exclusivité, sauf si vous êtes VRP. Vous restez tenu à une obligation de loyauté. Vous pouvez aussi demander un congé ou un temps partiel pour création d'entreprise.

Faut-il démissionner ou demander une rupture conventionnelle pour créer son entreprise ?

La rupture conventionnelle est plus favorable : elle donne droit à une indemnité au moins égale à l'indemnité légale de licenciement et à l'ARE, que vous pourrez conserver en partie ou recevoir en capital. Elle suppose toutefois l'accord de l'employeur. La démission ne donne en principe pas droit au chômage, sauf si votre projet de reconversion a été validé par Transitions Pro avant votre départ.

Vaut-il mieux garder l'ARE ou demander l'ARCE ?

Cela dépend de votre projet. Le maintien de l'ARE sécurise un démarrage progressif, avec peu d'investissements et des revenus incertains : l'allocation est réduite de 70 % de vos revenus d'activité. L'ARCE, égale à 60 % des droits restants, convient mieux si vous avez besoin d'un capital pour investir dès le départ. Dans les deux cas, le total perçu au titre de vos droits est limité à 60 % des droits restants à la création.

L'ACRE est-elle encore automatique en 2026 ?

Non. Depuis le 1er janvier 2026, l'ACRE doit être demandée à l'Urssaf au plus tard 60 jours après la date de début d'activité, et seuls certains créateurs y ont droit : demandeurs d'emploi indemnisés, bénéficiaires du RSA ou de l'ASS, jeunes de 18 à 25 ans, créateurs en quartier prioritaire ou en zone France ruralités revitalisation, notamment. Sans ACRE, vous ne pouvez pas obtenir l'ARCE.

Quel statut choisir pour se lancer seul ?

La micro-entreprise est la plus simple pour tester une activité avec peu de frais : cotisations proportionnelles au chiffre d'affaires et comptabilité allégée. Si vous avez des charges importantes, un chiffre d'affaires élevé ou besoin d'associés, une EURL ou une SASU peut être plus adaptée. Comparez aussi la protection sociale : le président de SASU relève du régime général, le gérant d'EURL du régime des indépendants.

Combien de temps garde-t-on le chômage en créant son entreprise après une rupture conventionnelle ?

Pour un contrat qui a pris fin depuis le 1er septembre 2026, les droits après une rupture conventionnelle sont plafonnés à 15 mois avant 55 ans et à 20,5 mois à partir de 55 ans. En créant votre entreprise, le cumul de l'ARE avec vos revenus s'arrête dès que les versements atteignent 60 % des droits restants au jour de la création. L'ARCE correspond, elle aussi, à 60 % de ces droits.

Sources officielles

Ces informations sont générales et mises à jour à partir des sources officielles. Elles ne remplacent pas l'avis d'un avocat, d'un juriste ou de votre service RH, notamment si votre convention collective prévoit des règles particulières.