
L'essentiel
- L'employeur peut exiger un justificatif dès la première journée d'absence ; pour un arrêt maladie, il doit le recevoir dans les 48 heures.
- Retenue de salaire limitée au temps non travaillé : les amendes sont interdites.
- Sanction ou licenciement : procédure disciplinaire engagée dans les 2 mois ; les absences injustifiées peuvent constituer une faute grave selon les circonstances.
- Présomption de démission depuis le 19 avril 2023 : mise en demeure avec un délai d'au moins 15 jours, puis départ sans indemnité ni chômage en principe.
- Aucun texte ne fixe de nombre minimal de jours d'absence avant que l'employeur réagisse.
Absence injustifiée : ce que dit le droit du travail
Une absence est injustifiée lorsque vous ne vous présentez pas au travail, ou quittez votre poste, sans autorisation de l'employeur ni justificatif valable. Selon Service-Public, l'employeur peut exiger un justificatif même pour une seule journée d'absence. Sont notamment admis un arrêt de travail ou un certificat médical, une attestation de rendez-vous médical, un congé exceptionnel validé à l'avance ou un congé payé autorisé au préalable.
Prévenez votre employeur dans les meilleurs délais, par tout moyen. En cas de maladie, l'avis d'arrêt de travail doit être transmis dans les 48 heures : les volets 1 et 2 à la caisse d'assurance maladie, le volet 3 à l'employeur (voir notre page sur l'arrêt maladie). Une absence non justifiée est une faute vis-à-vis de l'employeur, qui peut entraîner une retenue de salaire et une sanction.
Les absences qui ne vous sont pas reprochables
Certaines absences ne sont pas fautives, à condition d'en indiquer le motif. Le décret du 17 avril 2023 sur l'abandon de poste cite, dans une liste non limitative, les motifs légitimes suivants :
- des raisons médicales ;
- l'exercice du droit de retrait face à un danger grave et imminent ;
- l'exercice du droit de grève ;
- le refus d'exécuter une instruction contraire à la réglementation ;
- le refus d'une modification du contrat de travail imposée par l'employeur.
Les congés pour événements familiaux (mariage, naissance, décès d'un proche…) sont aussi des absences autorisées, sur justificatif : voir notre page sur les congés.
Les options de l'employeur face à une absence injustifiée
- Demander un justificatif et vous rappeler vos obligations.
- Retenir le salaire correspondant au temps non travaillé. La retenue ne peut pas aller au-delà : les amendes et autres sanctions pécuniaires sont interdites (article L1331-2 du Code du travail).
- Prononcer une sanction disciplinaire : avertissement, blâme, mise à pied, mutation, rétrogradation, voire licenciement, notamment en cas d'absences répétées.
- Vous mettre en demeure de reprendre le travail, en cas d'abandon de poste, pour appliquer la présomption de démission (voir plus bas).
- Ne rien faire : votre contrat reste alors suspendu, sans salaire, et vous restez salarié de l'entreprise.
La loi ne fixe aucun nombre de jours d'absence à partir duquel l'employeur pourrait, ou devrait, agir. Il choisit sa réponse, sous le contrôle du juge, qui vérifie qu'elle est proportionnée aux faits.
Sanction ou licenciement : la procédure à respecter
L'employeur dispose de 2 mois à compter du jour où il a connaissance d'un fait fautif pour engager une procédure disciplinaire (article L1332-4). Sauf pour un simple avertissement, il doit vous convoquer en indiquant l'objet de la convocation, vous recevoir en entretien, où vous pouvez être assisté par un membre du personnel, puis vous notifier une sanction écrite et motivée, au moins 2 jours ouvrables et au plus 1 mois après l'entretien (article L1332-2).
S'il envisage un licenciement, il suit la procédure du licenciement pour motif personnel : l'entretien préalable a lieu au moins 5 jours ouvrables après la présentation de la convocation, et la lettre recommandée part au moins 2 jours ouvrables après l'entretien, au plus 1 mois après pour un motif disciplinaire.
Faute simple ou faute grave ?
Service-Public cite les absences injustifiées parmi les exemples de faute grave. La qualification dépend toutefois de la durée des absences, de leur répétition, de votre ancienneté et du contexte : selon les circonstances, le juge peut retenir une faute simple, voire écarter toute cause réelle et sérieuse. La différence pèse lourd :
| Faute simple | Faute grave | |
|---|---|---|
| Préavis | Oui | Non |
| Indemnité de licenciement | Oui, dès 8 mois d'ancienneté | Non, sauf convention plus favorable |
| Congés payés non pris | Indemnisés | Indemnisés |
| Allocation chômage | Possible, sous conditions | Possible, sous conditions |
Abandon de poste : la présomption de démission depuis 2023
Lorsque l'absence se prolonge, l'employeur dispose depuis le 19 avril 2023 d'un autre outil. Selon l'article L1237-1-1 du Code du travail, le salarié qui abandonne volontairement son poste et ne reprend pas le travail après une mise en demeure est présumé démissionnaire. La procédure, fixée par le décret n° 2023-275 du 17 avril 2023, est la suivante :
- l'employeur vous demande, par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, de justifier votre absence et de reprendre votre poste ;
- il vous laisse au moins 15 jours calendaires, à compter de la présentation de la lettre ;
- la lettre doit vous informer des conséquences d'une absence de reprise sans motif légitime ; sans cette mention, la démission ne peut pas être présumée (Conseil d'État, 18 décembre 2024) ;
- si vous ne reprenez pas le travail et ne justifiez pas d'un motif légitime dans ce délai, vous êtes présumé démissionnaire à son expiration.
Ce dispositif ne s'applique ni pendant la période d'essai ni aux salariés en CDD. Toutes les étapes sont détaillées sur notre page consacrée à l'abandon de poste.
Point non tranché : ni la loi ni le décret ne disent si l'employeur peut encore choisir un licenciement pour faute plutôt que la présomption de démission. Service-Public indique qu'il peut engager la mise en demeure, sanctionner l'absence ou ne rien faire. S'absenter en espérant être licencié est donc un pari risqué.
Licenciement ou démission présumée : ce qui change pour vous
| Licenciement pour faute grave | Démission présumée | |
|---|---|---|
| Indemnité de rupture | Non, sauf convention plus favorable | Non |
| Congés payés non pris | Indemnisés | Indemnisés |
| Allocation chômage | Oui, sous conditions | Non en principe, sauf démission jugée légitime ou réexamen après 121 jours de chômage |
| Contestation | Conseil de prud'hommes, dans les 12 mois | Conseil de prud'hommes, directement devant le bureau de jugement |
Contester une sanction ou la rupture
Le conseil de prud'hommes peut annuler une sanction irrégulière en la forme, injustifiée ou disproportionnée à la faute (article L1333-2). Un licenciement se conteste dans les 12 mois suivant sa notification. Depuis le 1er mars 2026, la saisine suppose le paiement d'une contribution pour l'aide juridique de 50 €, sauf si vous bénéficiez de l'aide juridictionnelle. Les arguments les plus utiles :
- un motif légitime d'absence, dont vous pouvez apporter la preuve ;
- une procédure irrégulière, ou engagée plus de 2 mois après que l'employeur a eu connaissance des faits ;
- une sanction disproportionnée au regard de votre ancienneté et de vos antécédents ;
- pour la présomption de démission, une mise en demeure incomplète ou un délai inférieur à 15 jours.
Les bons réflexes si vous devez vous absenter
- prévenez votre employeur avant l'absence ou dès son début, et gardez une trace écrite ;
- transmettez votre justificatif rapidement, dans les 48 heures pour un arrêt maladie ;
- si vous recevez une mise en demeure, répondez par écrit avant la date limite en indiquant votre motif, ou reprenez votre poste ;
- conservez avis de passage, courriers et courriels.
Si vous souhaitez quitter l'entreprise, une absence prolongée n'est pas une stratégie sûre : une rupture conventionnelle négociée ou une démission préparée offrent plus de visibilité sur la date de départ et vos droits.
Questions fréquentes
Au bout de combien de jours d'absence injustifiée peut-on être licencié ?
Aucun texte ne fixe de nombre de jours. L'employeur peut réagir dès la première absence non justifiée, par une demande de justificatif, une retenue de salaire ou une sanction proportionnée. Le licenciement suppose une cause réelle et sérieuse : le juge tient compte de la durée des absences, de leur répétition, de votre ancienneté et du contexte. Pour un abandon de poste, la seule durée prévue est le délai de reprise d'au moins 15 jours fixé dans la mise en demeure.
Mon employeur peut-il retenir mon salaire pour une absence injustifiée ?
Oui, mais seulement pour le temps non travaillé : le salaire est la contrepartie du travail. Il ne peut pas aller au-delà, par exemple en retirant une somme forfaitaire, car les amendes et autres sanctions pécuniaires sont interdites par l'article L1331-2 du Code du travail. Elle peut s'ajouter à une sanction disciplinaire, à condition que l'employeur respecte la procédure prévue par le Code du travail.
Une absence injustifiée est-elle toujours une faute grave ?
Non. Service-Public la cite parmi les exemples de faute grave, mais tout dépend des circonstances : une absence brève et isolée, chez un salarié qui n'a jamais été sanctionné, n'a pas la même portée que des absences répétées malgré des rappels. En cas de litige, le conseil de prud'hommes apprécie la qualification. La faute grave prive du préavis et de l'indemnité de licenciement, mais pas de l'allocation chômage.
Que faire si je reçois une mise en demeure de reprendre mon poste ?
Notez la date limite, qui ne peut pas être inférieure à 15 jours après la présentation de la lettre. Avant cette date, reprenez votre poste ou répondez par écrit en indiquant votre motif légitime (arrêt de travail, droit de retrait, modification du contrat refusée…) avec vos justificatifs, et gardez une copie. Sans réponse ni reprise, vous êtes présumé démissionnaire, sans indemnité de rupture ni, en principe, allocation chômage.
Peut-on être sanctionné pour une seule journée d'absence ?
Oui. L'employeur peut exiger un justificatif même pour une seule journée, et une absence non justifiée est une faute. La sanction doit cependant rester proportionnée à la faute, compte tenu notamment de votre ancienneté et de vos antécédents. L'employeur doit engager la procédure dans les 2 mois suivant la connaissance des faits, et vous pouvez contester une sanction disproportionnée devant le conseil de prud'hommes.
Sources officielles
- Service-Public — L'employeur peut-il exiger un justificatif pour une journée d'absence ?
- Service-Public — Abandon de poste d'un salarié du secteur privé
- Service-Public — Licenciement pour faute simple, grave ou lourde
- Légifrance — Code du travail, article L1237-1-1 (présomption de démission)
- Conseil d'État — Décision du 18 décembre 2024 sur la présomption de démission
- Code du travail numérique — Article L1332-2 (procédure disciplinaire)
Ces informations sont générales et mises à jour à partir des sources officielles. Elles ne remplacent pas l'avis d'un avocat, d'un juriste ou de votre service RH, notamment si votre convention collective prévoit des règles particulières.